Visite à Notre-Dame
Ce n'était pas un pèlerinage, juste une visite. En ce mercredi 3 juin très venté, nous avions rendez-vous sur le parvis de la cathédrale. Notre jeune et érudite guide nous a rejoints devant la statue de Charlemagne et, après nous avoir équipés, a immédiatement commencé ses savants commentaires. Elle disposait probablement d'un souffle extraordinaire, pour ne pas dire divin, car depuis cet instant jusqu'à la fin, deux heures plus tard, son débit est resté ininterrompu. Il faut dire que même pour les Franciliens que nous sommes, ce monument recèle encore bien des secrets qui méritent d'être partagés.
La lecture de la façade, avec ses trois porches, nécessite un accompagnement : entre les différentes époques de construction, les réemplois, les réinterprétations, les symboles et figures de l'histoire religieuse ou profane, il est aisé de se perdre. Déjà dans cet examen attentif, malgré la foule et le vent, on perçoit l'extraordinaire complexité d'un bâtiment maintes fois remanié, tantôt avec une franche brutalité, tantôt avec un profond respect.
L'incendie du 15 avril 2019, aussi catastrophique qu'il ait été, a conduit à un réexamen salutaire de chaque élément composant cet ouvrage. Les libertés prises par Viollet-le-Duc, comme chaque contribution antérieure, ont été pesées : que conserver, que mettre en valeur ? Ce n'est bien entendu pas un état définitif, il reste beaucoup à faire, mais si la nef stupéfie par sa taille, sa luminosité et l'unité de son style élancé, chaque chapelle, chaque vitrail raconte désormais sa propre histoire avec une netteté nouvelle.
Les destructions ont aussi introduit des nouveautés saisissantes. Le nouveau reliquaire de la Sainte Couronne frappe par ses dimensions, sa simplicité et sa noblesse. Certains éléments ne sont pas encore en place, comme les vitraux contemporains qui compléteront une collection couvrant plus de dix siècles d'art du vitrail. Une petite place a été réservée aux reliques de l'incendie lui-même : le coq qui surmontait la flèche effondrée, retrouvé dans les décombres, se contorsionne dans la chapelle d'Abraham. Le pauvre gallinacé endure sa déchéance, exposé à la vue de tous, sans égard pour sa fierté, de son bec ouvert, aucune plainte ne s'échappe.
Il y a beaucoup trop à dire pour un simple reportage. Je ne peux que vous conseiller de faire vous-même l'expérience de cette déambulation dans ce saint musée, témoin d'une histoire complexe. Un conseil cependant : choisissez votre moment, car la foule est immense et donne parfois à l'expérience des airs de cour des Miracles, influenceuses coréennes dévêtues, très jeunes touristes en mal d'activité physique, et nous-mêmes, touristes d'un âge vénérable. Les nocturnes du jeudi sont une solution possible : pensez-y.
le reportage photo est ICI
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