Le Trompe l'œil au musée Marmottan
La légende voudrait que le premier concours de Trompe l’œil eût lieu dans l’Antiquité grecque lorsque deux peintres célèbres, Zeuxis et Parrhasios, relevèrent le défi de réaliser l’œuvre la plus parfaite.
Le premier dévoila au jury, caché derrière un grand rideau, une fresque représentant une grappe de raisins, si ressemblante que des oiseaux s’approchèrent et tentèrent de la picorer, mais se heurtèrent au mur de pierre et tombèrent…
Le jury, pensant avoir déjà trouvé son gagnant, demanda néanmoins au deuxième peintre de soulever le rideau pour dévoiler son œuvre et … tous réalisèrent avec stupéfaction que le rideau était l’œuvre, il avait été peint de manière si réaliste que personne n’avait vu l’illusion.
Zeuxis n’avait réussi à tromper que des oiseaux, alors que Parrhasios avait réussi à tromper des hommes « doués d’intelligence », et fut déclaré vainqueur…
Longtemps boudé par la critique, l’art du Trompe l’œil doit attendre le XVIème siècle pour intéresser « sérieusement » artistes et mécènes : au début destiné à la royauté, à l’aristocratie ou à la haute bourgeoisie, essentiellement aux Pays Bas, au Danemark puis en France, il se développera au cours des deux siècles suivants à la faveur des natures mortes illusionnistes, tels les tableaux de chasse de Louis XV et les nombreux quodlibet (pêle-mêle) des collectionneurs fortunés.
Il passera aussi de la peinture à la céramique, qui continue à le célébrer régulièrement de nos jours.
Le Trompe l’œil s’épanouira pleinement en France avec les peintures en « grisaille » qui permettent d’imiter les techniques de gravure et de bas-relief, et deviennent des éléments d’architecture offrant de nouvelles possibilités de décoration des intérieurs … à moindre frais.
Sous la révolution française, il deviendra un support à visée politique, il gagne en popularité, jusqu’à être enfin accepté au musée, et en 1835, faire son entrée dans le Dictionnaire.
Au XXème siècle de nombreux mouvements artistiques s’en inspireront, nous laissant découvrir une chemise blanche, en marbre de carrare, ou encore une Joconde devinée derrière un emballage déchiré.
L’exposition se termine sur une forme particulière du Trompe l’œil : le camouflage, ou comment tromper l’adversaire avec l’art de la dissimulation à usage militaire.
Mais au fait qu’est-ce qu’une œuvre en Trompe l’œil ?
Quelques règles « de base » :
- c’est une nature morte, à taille réelle, qui doit créer l’illusion du volume et de la réalité,
- elle doit mettre en valeur le savoir-faire et non l’artiste, elle n’est pas signée – ou si elle l’est, ce sera de façon cryptique, dans un cartellino, ou à l’aide d’indices cachés,
- elle se nourrit de toutes les matières qui permettront de créer l’illusion du volume : papier froissé, bois, métal, pierre, verre brisé, marbre,..
- elle n’a pas de cadre, et elle doit être présentée dans un environnement en cohérence avec ce qu’elle représente (ex les matériaux utilisés),
- son but : tromper le spectateur, jouer et interagir avec lui, l’inciter à déchiffrer les indices et se poser les bonnes questions.
Album photos de la visite par Jean Pélegrin-Bomel ICI
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